|
Formée aux Beaux-Arts de Nantes, je cherche très tôt à dépasser la matérialité visible de l’objet, creusant son contenu pour y sonder sa densité, « an intimately violent, pragmatic, medium, inner level [...] of the stuffness of material structure ». Cette démarche m’a conduite à intégrer l’ISAC (Institut Supérieur des Arts et Chorégraphies) à Bruxelles en 2021, où j’y développe jusqu’en 2025 une pensée du mouvement comme manière d’ouvrir les images : un geste de « creusement » à déployer par le corps et le mouvement chorégraphié.
À travers mes premières recherches chorégraphiques je dépouille mon univers saturé, dis-je de : « trop de couleurs, trop de parades et de superflus », afin de trouver de la clarté dans les interstices, les images discrètes et transitoires, invisibilisées par celles qui crient le Grandiose, le Divertissement ou le Capitalisme.
En repensant à ma dernière création Alors il ne reste qu’une sorte de bave (2024, Recyclart, Bruxelles), travail chorégraphique et textuel sur l’envers de l’image, plus particulièrement l’envers du décor : « faire suinter le glittering des façades du fascisme triomphant. » Je posais ici les bases d’un questionnement plus large : Comment retirer toutes les formes de filtres, d’apparat et qu’est-ce qui survient, en reste, survit ? Comment faire entendre un besoin sans le dissimuler sous la forme ? Autrement dit : Comment révéler, par le corps, la densité de nos images et les tensions internes qui les traversent ?
Ces problématiques prolongent mon travail sur l’intériorité de l’image. J’en situe aujourd’hui l’urgence : trouver des formes pour nos indicibles, nos informulé·es, nos débordements…lieu à partir desquelles je développe une écriture chorégraphique autour de la notion de teXXture : une couche intérieure, trouble et narrative. « Comment (se) raconter et (se) situer lorsqu'au cœur de nos corps et de nos histoires reposent des discontinuités fondamentales ». Les prémices de ce qui brodent une nouvelle création en cours : Got the track spinning around, like I’m chasing a shortcut, like it’s a biggest date.
Je m’attache à creuser un geste structural comme revendication d’un contre-espace hors des régimes dominants de visibilité : l’espace de l’en-dessous. C’est depuis cette faille, ce trou, cette zone moite et crouteuse, discontinue et instable qu’aujourd’hui je (m)’accompagne, performe ou porte regard d’alliée, d’amie, de dramaturge au côté d’Alphonse Eklou Uwantege dans Reste(s), Durch den Monsun de Zoé Hagen, Opus III avec Golestân Outil-Rouhi, Histoire de l’eau pour Mahi Hadjammar,
(...)
Depuis des zones pirates nous tentons d’adresser la complexité de nos mondes intérieurs et extérieurs.
|